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De l’importance de Figurants détaillés

dimanche 5 octobre 2014, par Akantor

On distingue parfois les figurants des autres personnages non-joueurs (PNJs) par le fait qu’ils n’ont pas à priori d’importance pour l’intrigue. Un passant dans la rue, la serveuse de l’auberge d’une nuit, un garde du château, les passagers d’un transport en commun... sont autant de figurants possibles. A priori ils font partie du décors, n’ont aucun intérêt et la plupart des meneurs de jeu s’efforcent de limiter toute interaction avec ceux-ci. C’est doublement dommage.

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 Pourquoi ?

C’est d’abord dommage car ce sont les détails qui font l’âme d’un récit. En les ignorant ou en les limitant, le meneur de jeu se coupe de puissants effets dramatiques. Au niveau de son aventure c’est souvent une occasion d’enfoncer le clou : si la serveuse porte encore les cicatrices de son emprisonnement, cela donnera aux personnages joueurs (PJs) une nouvelle perception du tyran à qui ils doivent porter une missive. Au niveau d’une campagne, ils peuvent permettre de préparer l’ambiance du scénario suivant : et pourquoi ne pas faire de ce soldat lambda, justement, un gars sympathique qui mourra aux main de la secte maléfique que les PJs affronteront prochainement. Enfin et surtout, au niveau du monde et de l’ambiance générale, ils sont indispensables pour donner une impression de profondeur. Tel passant aura un avis sur la politique de la ville, telle boulangère portera le deuil de son frère abattu par les elfes noirs de la région, le fils du forgeron idolâtrera les PJs qu’il voudra suivre partout, telle voyageuse leur fera sentir que dans le royaume, la noblesse ne se mélange jamais vraiment avec la plèbe. Les suppléments regorgent d’informations politiques, historiques, sociologiques etc... alors plutôt que de les lire aux joueurs ou pire de les ignorer pour ne s’en tenir qu’à ce qui est indispensable au scénario, utilisons les figurants pour le faire ressentir aux PJs. L’effet d’immersion en sera augmenté.

Ensuite, c’est dommage, parce que cela biaise souvent l’intrigue. Si seuls les PNJs importants acceptent de parler aux PJs, leur recherche et leur identification est faussée, avec un effet "Panneau : Suite de l’aventure par là !". A l’inverse, si les personnage ne parviennent pas à rester sur les rails du scénario, un figurant peut souvent les y ramener en douceur et en cohérence, en leur fournissant, par exemple, l’information qu’ils n’ont pas pensé à demander à un PNJ important. Bien sûr il faut rester cohérent : l’aubergiste ne connait pas le code du coffre fort du marquis (enfin en général). Mais si l’on parvient à garder cette cohérence, ce genre de rattrapage donnera une impression de réelle liberté aux joueurs.

Immersion et liberté ! Voici tout ce qu’apportent aux joueurs des Figurants fouillés. Mais comment a-t-on pu s’en passer jusqu’à maintenant ? Maintenant que l’on sait tout ce qu’ils peuvent apporter, il faut s’en servir au mieux.

 Comment ?

Le premier problème que posent les figurants est leur nombre. Si vos PJs se décident à parler à chaque personne qu’ils rencontrent dans la métropole, le meneur de jeu (MJ) risque de se retrouver rapidement débordé et surtout à court d’originalité. A l’inverse si les figurants sont trop rares, le MJ risque de vouloir leur donner trop d’originalité et d’emmener ses joueurs sur des fausses pistes (personnellement j’adore ces pistes secondaires mais c’est une autre histoire).

Pour résoudre ce premier problème, la solution que j’ai trouvée est de disposer d’un générateur aléatoire de personnage rapide et que j’utilise quelle que soit la situation. Ainsi, je m’assure de l’homogénéité de mes PNJs. Mais aussi de leur originalité. Même avec de l’expérience, un MJ est rarement capables d’improviser au pied levé plus d’une demi douzaine de profils de PNJs. Du coup les figurants se ressemblent souvent. Le générateur aléatoire que j’utilise me donne, outre un nom et un sexe et une classe sociale(ou profession), rapidement 3 traits psychologiques et 3 traits physiques. Le premier de chaque série de trait est interprété de manière outrée, ce qui donne tout de suite une impression d’action et de vivacité, cela donne aussi la prédisposition du personnage vis-à-vis des attentes des PNJs. La même question sur, par exemple, l’emplacement du palais, ne recevra pas le même type de réponse selon que les traits dominants seront un bossu luxurieux, un balafré cupide ou un bellâtre suspicieux.
Le second de chaque série de traits correspond à une nature plus constante et déterminante du PNJs, quelque chose de moins lié à la situation. Ces aspects ne se révèlent que si la discussion se prolonge ou si les PJs cherchent à en savoir davantage. Ainsi le bossu luxurieux qui cherchera à se lier avec les PJs de sexe féminin laissera dévoiler une puissante musculature et une grande aisance intellectuelle si on prend le temps de le connaitre.
La troisième série de traits décrira enfin ce que le PNJs cherche à cacher, ses secrets, ses hontes. Le bossus cachera ses mains dans ses poches pour éviter de laisser voir des cicatrices, et évitera toujours les questions d’argent pour masquer sa cupidité, ou au contraire se plaindra régulièrement à mi-mot que tout est trop cher.

Le second problème que posent cette utilisation étendue des Figurants est qu’ils risquent de devenir un jeu dans le jeu, et ne soient plus au service du scénario et de l’ambiance.

Pour éviter cela, il faut qu’ils soient concernés par les enjeux du monde et du scénario. Pour cela choisissez une dizaine d’informations de background et du scénario dont vous pensez qu’elles puissent concerner l’homme de la rue. Les premiers Figurants apporteront ces informations, puis rapidement les nouveaux Figurants distilleront à nouveau les plus importantes pour renforcer. N’hésitez pas à cette occasion à lier personnellement le Figurant à l’information. Tel Figurant est amoureux de la nièce du Seigneur et connait donc le fonctionnement du chateau, tel Figurant est ami avec le forgeron qui est touché par la pénurie de fer, etc. Bref, il faut ancrer les information dans le quotidien, qu’elles participent à faire entrevoir leur vie, et la communauté où elle se déroule.

Conclusion
J’espère vous avoir convaincu de l’importance de la mise en scène de PNJs riches pour améliorer l’ambiance de vos parties et renforcer l’immersion. Un générateur aléatoire et un peu de travail sur les motivations de votre aventure vous permettra de mettre rapidement en place des PNJs aussi convaincants que vos premier rôles. En offrant, par ce moyen, aux joueurs des opportunités plus variées vous leur offrez la liberté de jouer leur personnage sans risquer de perdre le scénario.


Et pour mieux faire comprendre mon histoire de générateur aléatoire de PNJs, voici un petit outil réalisé rapidement : http://www.akantor.net/npcgenerator.php.

C’est plutôt une orientation médiéval fantastique mais n’hésitez pas à l’adapter mentalement, et surtout à faire le votre !

Vous pouvez aussi trouver des exemples de PNJs créés avec cette méthode dans l’article : Dix personnages non-joueurs en quête d’interprétation

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